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Le mal prend plusieurs formes. On y distingue le mal subi et le mal commis.

Le mal est commis lorsque, sous l’impulsion d’une chose séduisante, un homme choisit librement de se l’accaparer au prix de détruire une valeur plus grande. Lorsqu’il veut s’approprier les 100 francs dans le sac à main d’une vieille dame, le voleur à la tire cherche son propre avantage, au détriment de la propriété et de l’intégrité physique de la personne qu’il détrousse. C’est donc toujours sous la figure d’un bien apparent que le mal est commis : les terroristes qui assassinent vingt otages en Algérie le font sous couvert d’une cause qui leur paraît juste.

Le mal subi est de tout autre facture. Le mal étant, dans la réalité, une privation de bien, l’homme en fait l’expérience au moment seulement où il le subit. Quelqu’un peut être atteint d’un cancer sans encore le savoir ; la maladie est bien réelle, mais pour s’en rendre compte il faut ou bien éprouver une douleur ou en recevoir le diagnostic.

Il importe au plus haut point de ne pas confondre ces deux formes de mal : le mal commis et le mal subi. Or nos esprits paresseux ont tendance à ramener l’un à l’autre pour essayer de justifier l’injustifiable.

Une tuerie se déroule dans une école américaine, qu’on en cherche aussitôt la cause extérieure, c'est-à-dire l’événement subi par le tueur et qui expliquerait son geste : il a eu une enfance malheureuse, s’est fait vider de l’armée, ou alors c’est la faute aux armes à domicile, si ce n’est le mauvais suivi psychiatrique. En ramenant ainsi le mal commis au mal subi, le coupable se transmue en victime. A la limite, il n’existe plus de coupables, mais seulement des « victimes » d’un injuste système. Le marxisme pensait ainsi, et plusieurs mouvements de gauche en sont encore à ce stade.

Mais l’inverse ne vaut pas mieux, qui cherche à réduire le mal subi à une faute commise. On connaît ces personnes atteintes d’un cancer qui s’exclament aussitôt : « Qu’ai-je fait pour mériter cela ! » Comme si la souffrance était la punition d’un crime personnel. Cette mentalité induit un morbide sentiment de culpabilité ; à la limite, il n’y a plus de victimes, mais seulement des « coupables ». Certaines tendances ultralibérales s’enferment dans cette impasse au risque de mépriser la plus élémentaire solidarité humaine.

Et si on revenait à un peu de bon sens ? Il y a des victimes qui sont victimes et des coupables qui sont coupables. Il revient ensuite aux juges – pas à la presse – de déterminer dans chaque cas les circonstances atténuantes d’un crime.

Mais qu’on cesse de faire le procès du monde entier, chasseurs, armée ou tireurs sportifs, à l’occasion de chaque événement dramatique où des personnes libres et responsables commettent des atrocités avec des armes à feu.

Qu’on atténue les risques et qu’on contrôle ces armes est une chose ; qu’on instruise le procès de la société en est une autre, qui tient plus de l’idéologie que de la saine analyse politique.

© Nouvelliste 21.1.13

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