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Rousseau est un auteur précieux, tellement il se trompe. Il suffit presque d’en prendre le contrepied pour s’assurer d’avoir raison.

Incapable de comprendre que toute société est fondée sur le droit naturel découvert par l’intelligence, le voilà qui invente un pseudo pacte social : ce serait par libre consentement que les hommes vivraient ensemble !

Pour Rousseau, les hommes seraient sortis de leur état brutal et animal par une sorte de pacte originel : chacun renonce à son pouvoir au profit de tous, et délègue son pouvoir à la société. Ce qu’il appelle la « volonté générale » détrône ainsi la volonté particulière.

Cette volonté générale, exercée dans la souveraineté, est dotée de quatre attributs parfaits : « inaliénable », elle ne peut se transmettre ; « indivisible », elle est le peuple entier ; « absolue », elle exerce un pouvoir total sur chacun ; « infaillible », elle ne peut errer. C’est de là que vient l’idée selon laquelle le peuple ne se trompe jamais ; en effet, lorsqu’on organise un referendum, on ne fait que consulter cette mythique volonté générale : la majorité qui en résulte n’est donc pas constitutive du droit, puisqu’elle ne fait que l’exprimer.

On voit ainsi comment Jean-Jacques attribue à la volonté populaire prétendument infaillible des caractères si absolus que l’individu y trouve sa véritable nature au moment où il y est soumis.

Contrairement à ce qu’on ne cesse de ressasser, la société ne déprave pas l’homme, mais le libère : « Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct. » « Ses sentiments s’ennoblissent, son âme tout entière s’élève à tel point qu’il (…) devrait bénir sans cesse l’instant heureux qui l’en arracha pour jamais, et qui, d’un animal stupide et borné, fit un être intelligent et un homme. »

La société joue ainsi le rôle d’une véritable Eglise sainte, sans tache et infaillible, sacrée et inviolable dans laquelle on entre comme par un baptême régénérant la nature humaine. Pareille absolutisation de la volonté générale servira de caution à plusieurs systèmes despotiques.

Quoi d’étonnant à cela ? Lorsqu’on perd de vue l’absolu, on en vient à absolutiser ce qui devrait rester relatif : la vie sociale. Ayant négligé le droit naturel, fondateur de tous les droits humains, le « Contrat social » finit par donner à la société un pouvoir exorbitant, beaucoup plus imposant que ce qui lui revient. C’est ce qui arrive chaque fois qu’on promeut la volonté au lieu de la raison : on fournit des armes au despotisme.

Ce modèle de société constitué en dehors du champ de la nature humaine montre aujourd’hui ses limites : après l’écroulement de l’idéologie totalitaire, le libéralisme ne se trouve-t-il pas contraint désormais à plus de loyauté, invité à reconnaître le bien-fondé du droit rationnel seul à même d’assurer la pérennité de nos démocraties ?

© Nouvelliste 6.8.12

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