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On entend parfois des politiciens ou chefs d’entreprise ayant cette fâcheuse tendance à appeler « idéologie » la moindre thèse intellectuelle un peu systématique. « Quelle est l’idéologie de ce parti ? » demandent-ils ; ils entendent par là les principes qui en orientent l’action. Ce faisant, ils disqualifient les systèmes philosophiques, dont l’objectif est culturel avant d’être utilitaire.

Certes, les « intellectuels » eux-mêmes sont partiellement responsables de la perte de confiance dans le discours rationnel, trop complaisants souvent à se faire plaisir entre soi, à s’écouter parler, ou pour s’être gravement trompés dans l’histoire récente : pensez à la cohorte des écrivains français, tels Sartre ou Aragon, compagnons de route des marxistes, ayant sans vergogne vénéré le stalinien « petit père des peuples ». De telles erreurs laissent des traces indélébiles.

Mais aujourd’hui, c’est surtout la déferlante matérialiste et utilitariste qui s’impose, réduisant l’horizon culturel à la gestion technologique, imaginant que la vie humaine est polarisée par l’intérêt économique, la croissance infinie ou la gestion administrative de nos sociétés. (Je ne parle pas ici des dirigeants de PME, humanistes dévoués à leur entreprise dont ils dégage un juste profit.)

Il vaut donc mieux n’utiliser le terme d’« idéologie » qu’avec circonspection, car il est péjoratif : il désigne en réalité un ensemble d’idées consciemment ou inconsciemment construites dans le but de servir à d’autres visées, mais sans jamais laisser apparaître le but réellement poursuivi. Le caractère le plus saillant de telles constructions, c’est qu’elles n’apparaissent jamais comme telles : puisqu’on y baigne, on ne les remarque plus.

Quand donc un responsable qui n’aurait pour objectif que le profit à court terme disqualifie les idées pour n’y voir que rêveries intellectuelles, le voilà victime de la plus cocasse idéologie qui soit : celle qui, sans jamais le dire, juge toute pensée théorique à l’aune des faits sociaux et économiques.

C’est un point qui unit le marxisme et le capitalisme, deux frères ennemis cultivant l’un et l’autre un matérialisme impitoyable. Dans la bouche de leurs porte-parole inconscients, l’usage du terme « idéologie » est lui-même idéologique. Ce qui ne manque pas de piquant !

© Nouvelliste 28.10.09

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