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L’esprit si chevillé à la sensation fait de nous des animaux bien étranges.

D’un côté l’entière nourriture du savoir est reçue par l’entremise des sens : le toucher assure la certitude de la pensée, la vue sa clarté, et l’ouïe son harmonieuse progression dans le temps.

D’un autre côté, les grandes choses de l’esprit se disent dans notre chair : les idées puissantes s’expriment au travers de mots balbutiants, l’amour fou s’engouffre dans un simple frôlement, et la beauté requiert les plus humbles harmonies sonores.

Aussi les puissantes aventures de la science et de la sagesse, celles de l’émotion artistique et de la relation à autrui s’enracinent toutes dans de petits signes corporels, accessibles à nos cinq sens.

La religion et la spiritualité n’échappent pas à cette règle Truffée de signes efficaces, notre expérience requiert aussi que nous rencontrions Dieu au travers de ces rien-du-tout : quelques gouttes d’eau et une parole dite au nom du Dieu trine, et voilà le petit enfant envahi de vie divine. Un peu de pain et de vin issus du labeur des hommes et des femmes, avec un parole qui la transmue en Celui qui la dit, et voilà reçue entre nos dents la Parole éternelle qui est Dieu. Un peu d’huile appliquée sur les mains et les pieds d’un malade, et le voilà rassuré, un peu, dans ses souffrances et ses angoisses incertaines.

Car lorsque Dieu se dévoile lui-même dans la crèche des mots humains, notre nature s’en trouve à la fois renforcée, régénérée et surélevée. Quand Dieu déverse son amour, donc lui-même en son corps assumé, alors la vie des animaux humains se trouve transfigurée. C’est cela Noël : le cadeau par excellence. Dieu véritablement qui devient esprit-corps, humain véritablement.

On devine la folie de ceux qui rêveraient de faire l’économie d’une telle médiation : ils souhaiteraient tellement une religion du cœur, aussi pépère que délivrée de tout enracinement : une ligne directe entre soi et la divinité. Ils renouent ainsi avec le mièvre spiritualisme à la Rousseau pour qui « écouter la voix intérieure » suffirait ! Tout signe et tout culte sont censés n’être qu’invention humaine pervertissant la pureté de la nature : « Dès que les peuples se sont avisés de faire parler Dieu, chacun l’a fait parler à sa mode et lui a fait dire ce qu’il a voulu. »

Pauvre Rousseau qui méconnut notre condition ! Il ignore combien la ligne directe justement passe par le corps, car nous avons tellement besoin de toucher, de voir et d’entendre. Tant mieux dès lors si nous touchons Dieu avec la certitude de la foi. Tant mieux si nos yeux enfin ouverts nous font voir la vérité invisible. Mais surtout : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu », car ils croient sur parole. Une parole réellement entendue, une parole inouïe qui ne cesse d’advenir parce qu’elle est la Parole créatrice de l’univers, Parole recréatrice de nos misères, Parole incarnée en ce temps de Noël, qui nous offre de rencontrer Dieu à même le corps.

© Nouvelliste 10.12.12

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